Dans le jardin extraordinaire d’Altaïr

 

Altaïr, c’est depuis toujours une histoire de transmission, d’épanouissement. De la plante à l’humain, de l’humain à un lieu, d’un chemin personnel au bien-être collectif. Isabelle et Patrice Drai, les heureux fondateurs de cette marque d’infusions bio à taille humaine, se sont donné la mission de transmettre la quintessence de la nature par le biais de plantes séchées. Pendant près de quarante ans, ils les ont observées, cueillies et cultivées avec le plus grand soin, convaincus qu’un lien palpable se crée entre la plante et l’homme. Depuis 2014, ils se sont activés à transmettre l’entreprise à ceux qui l’animent aujourd’hui, toujours dans le même respect de ce lien.

La région, ce Périgord de forêts et de rivières proche de Bergerac, est constituée de plaines très boisées où les climats océanique et méditerranéen se rencontrent, avec des maisons harmonieusement disposées dans le paysage. Les plantes sauvages sont nombreuses : il est facile d’en trouver dans les forêts, l’orée des bois et les prairies à l’état naturel. L’aubépine, le sureau, et la ronce poussent dans les nombreuses haies, la bruyère recouvre les sols plus légers, la reine des prés patauge dans les fonds de vallée humides. Il reste à cultiver au jardin les plantes compatibles avec les lieux et à collaborer avec d’autres jardiniers-cueilleurs pour les plantes de montagne ou celles qui nécessitent la chaleur provençale. De l’étranger, on fait venir oranger, hibiscus ou encore réglisse. À force de partager les savoirs, des liens d’amitié durables se sont tissés entre tous ces jardiniers.

Un quart des plantes d’Altaïr provient du hameau où le jardin historique a vu le jour en 1982. En haut d’un terrain étagé, entouré de bois, les plantes s’expriment au cœur d’une clairière lumineuse. Depuis vingt ans, elles ont aussi la part belle dans la vallée limoneuse traversée par un ruisseau. Outre les associés de deux jardins, l’atelier de production, où l’on nettoie et conditionne les plantes, est situé sur place. Ici, l’ambiance est familiale : Yannick est sur tous les fronts, assisté de sa belle-mère Laurence sur la partie administrative et de son épouse Fanny sur le suivi des produits. Il fait bon s’y arrêter vers 11 heures, quand l’équipe savoure la pause tisane quotidienne, moment d’échanges et de découvertes gustatives. La première mission de l’atelier est d’observer la plante à son arrivée : aspect, aromatique, goût. On identifie la nécessité d’enlever de la poussière, des tiges ou des feuilles jaunes. L’ensachage est manuel et scrupuleux.

Sauvages ou cultivées ?

75 % des plantes d’Altaïr sont issues de la culture. Certaines plantes historiquement sauvages commencent à être cultivées pour des problématiques liées à la saisonnalité ou à la raréfaction des ressources en pleine nature, comme c’est le cas de l’achillée millefeuille. Mais l’aubépine, l’ortie ou encore la reine des prés restent totalement sauvages.

Près de la moitié des plantes (environ 40 %) sont cultivées en biodynamie. Une ferme biodynamique est un écosystème vivant et autonome, combinant polyculture et élevage. Sur le hameau d’Altaïr, outre la casquette maraîchère des plus jeunes jardiniers, on rencontre un éleveur qui change son lait en fromage et un paysan boulanger qui transforme ses propres céréales en pain. En biodynamie, on insiste également sur le rythme lunaire, avec des jours destinés à certaines activités plutôt qu’à d’autres. Mais reste au-dessus de tout le bon sens paysan associé à la force de l’intention, ou plutôt de l’attention.

Prendre soin

Les jardins du hameau, qui hébergent une dizaine de ruches et sont classés réserve LPO (lire notre article sur la Ligue de Protection des Oiseaux page 46), sont l’illustration de cette connexion à la biodiversité. L’eau, les semences, la communication interpersonnelle : tout va dans l’idée de prendre soin. Yannick est fils d’agriculteur et met un point d’honneur à payer ses partenaires jardiniers sous 48 heures. Leur relation est fondée sur une solidarité réciproque qui distingue Altaïr des structures gigantesques qui prédominent dans l’univers de l’infusion. Tout, des vieux bâtiments en pierre au milieu des bois jusqu’à la poésie des fleurs séchées ensachées à la main, les éloigne d’un objectif capitaliste. Ici pas d’actionnaires, mais des primes aux salariés et aux producteurs dès que les résultats le permettent.

Prendre soin, c’est aussi l’intention de l’infusion. Quand Yannick déguste une tisane, il prend soin de lui par la qualité du temps qu’il s’accorde. En observant le ballet des plantes reprenant vie dans l’eau, son esprit se relie naturellement à leurs histoires, celles de jardiniers-cueilleurs dévoués corps et âme à leur terroir. Comme si pour une même plante, chaque note gustative reflétait tout autant de sourires singuliers exprimant chacun leur personnalité. L’énergie de cette relation avec les personnes qui l’ont cueillie et la dynamique bienveillante d’un collectif dont elle émane font d’une plante la représentante d’un biotope, d’une histoire, qui nous fait nous sentir une petite partie d’un tout.

Yannick nourrit une appétence particulière pour l’univers des menthes. Outre les différences de variété entre une marocaine, une bergamote ou une poivrée, la manière dont un sol est travaillé ainsi que sa localisation peuvent donner une aromatique différente, plus intense, herbacée, sucrée ou florale. Cette variabilité est l’expression du chémotype de la plante sur son milieu spécifique, comme une infinie palette.

La verveine citronnelle
Cette plante phare de l’infusion navigue, selon les terroirs et expositions, entre une saveur citronnée douce, des notes d’agrumes et des arômes citriques qui la tirent vers les astres.

Infusettes
C’est nouveau à Sato ! Mais cela fait très longtemps qu’Altaïr fabrique des infusettes. Un tri manuel implique forcément de la casse, alors les brisures sont triées, calibrées, dépoussiérées et placées dans des mousselines. Une qualité là encore remarquable. Sont disponibles : verveine citronnelle, camomille romaine, ortie et menthe poivrée.

En cuisine
Des pétales de rose ou de bleuet pour la déco jusqu’à l’extraction d’aromatiques au moyen d’huiles ou de vinaigre, les plantes séchées ont la cote dans nos casseroles. Les stars : basilic, verveine, menthe et sauge.

Le bleuet
C’est l’emblème d’Altaïr. Cette fleur d’une élégance discrète illumine les champs de sa couleur bleu profond. Symbole de délicatesse et d’humilité, elle nous emporte par sa simple présence.