De si vaillantes petites bĂȘtes…

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Oui, celles qui se dĂ©pensent sans compter pour en contrer d’autres, gloutonnes, qui dĂ©vastent serres et vergers sans vergogne. Vous y ĂȘtes
?  C’est bien cela, nous allons parler de ces prĂ©cieux alliĂ©s du maraĂźcher et de l’arboriculteur que sont les insectes auxiliaires (dans la lutte intĂ©grĂ©e contre les ravageurs, est-il prĂ©cisĂ© sur leur CV).

De quoi s’agit-il ? Presque naturellement d’introduire lĂ  oĂč prolifĂšre un organisme nĂ©faste par sa concentration, un autre qui va venir en rĂ©guler la prĂ©sence. Attention ! On ne parle pas dâ€™â€œĂ©radication”, mĂ©thode  va-t-en-guerre Ă  la mode en ces temps de radicalitĂ©. Non, chacun de ces ravageurs conserve sa place, du simple fait de son existence. Et  la lutte biologique intĂ©grĂ©e est lĂ  pour remĂ©dier Ă  des surpopulations, ou les empĂȘcher. Soyez rassurĂ©s, amis jardiniers nostalgiques, il restera toujours des pucerons, ne serait-ce que pour le repas des syrphes, chrysopes et autres coccinelles.

Larve Chrysope : “Je ferai de toi un excellent repas” - ©Koppert

Larve Chrysope : “Je ferai de toi un excellent repas” – ©Koppert

La liste est bien longue de toutes ces bestioles qui se moquent complĂštement de la qualitĂ© des rĂ©coltes. Nous citerons, parmi les plus connues ou redoutĂ©es : l’araignĂ©e rouge, acarien suceur de toutes les sĂšves ; le thrips et la mouche mineuse qui adorent les lĂ©gumes ratatouille ; la Tuta, petite teigne, flĂ©au de la tomate ; les Aphis, famille nombreuse du puceron, qui ne dĂ©daigne rien. Sans oublier les petites derniĂšres qui nous arrivent de continents lointains comme la drosophile Suzukii qui va vers les fruits charnus, ou la mouche Cynips menaçant nos chĂątaigneraies.

Larve adalia : “Pareil!” - ©Koppert

Larve adalia : “Pareil !” – ©Koppert

Il faut bien reconnaĂźtre cependant qu’à l’exception des deux derniers cas, ces dĂ©sĂ©quilibres de populations sont souvent le rĂ©sultat d’autres dĂ©rĂšglements, et que toute lutte, si Ă©cologique soit-elle, devient inutile lorsque les Ă©quilibres s’accomplissent. La mĂ©thode bio va vers cette finalitĂ©, et le temps est en passe de lui rendre justice.

GisĂšle Broquier* est conseillĂšre technique pour Koppert France, la sociĂ©tĂ© de bio-contrĂŽle partenaire de nos fournisseurs. Elle nous explique comment des entomologistes, des techniciens et des agronomes Ă©tudient, observent, puisent dans les savoirs acadĂ©miques et empiriques accumulĂ©s pour trouver une “solution” rĂ©gulatrice des dĂ©gĂąts de chaque envahisseur. C’est un travail de haute-technicitĂ© qui rĂ©pond Ă  un cahier des charges trĂšs strict, dans le souci permanent de ne pas apporter de remĂšde pire que le mal. Par exemple, les auxiliaires et  le parasite combattu se doivent d’ĂȘtre originaires du mĂȘme sol , on n’ira pas chercher une mouche indonĂ©sienne pour se dĂ©faire de notre puceron tricolore !

DĂ©gĂąt sur Tuta : “Ce que Tuta fait” - ©Koppert

DĂ©gĂąt sur Tuta : “Ce que Tuta fait” – ©Koppert

Quelques sociĂ©tĂ©s se partagent l’expertise de la recherche, de l’élevage et de la mise Ă  disposition des auxiliaires au moment adĂ©quat. Celui-ci marque le dĂ©but des hostilitĂ©s, car il ne suffit pas de lĂącher les fauves, et d’attendre un plus loin que le boulot se fasse. Un accompagnement est nĂ©cessaire, par le biais d’une Ă©troite collaboration entre les techniciens des sociĂ©tĂ©s de bio-contrĂŽle et les producteurs, dans le but d’assurer le suivi de l’action de nos prĂ©dateurs. L’observation de la plante et de son Ă©volution, la prise en compte du contexte environnant permettront d’agir au bon endroit et au bon moment pour obtenir les rĂ©sultats escomptĂ©s. La mĂ©thode ne visant pas l’élimination du parasite (ce qui n’est ni vraiment possible, ni souhaitable), le producteur se doit d’accepter de perdre une petite part de sa rĂ©colte au bĂ©nĂ©fice de cette population contrĂŽlĂ©e, qui deviendra elle-mĂȘme garde-manger de nos braves auxiliaires, comme un dĂ» aprĂšs une mission accomplie. La boucle est ainsi fermĂ©e.

Les luttes biologiques intĂ©grĂ©es de ce type ne sont plus l’apanage des seuls agriculteurs bio. Pour les cultures de tomates par exemple, le maraĂźchage conventionnel en a fait sa premiĂšre arme contre Tuta absoluta, un lĂ©pidoptĂšre trĂšs difficile Ă  contrer. L’efficacitĂ© de la mĂ©thode peut constituer  un solide marchepied vers l’évolution des pratiques globales.

En tous cas, c’est bon pour la planùte, comme on dit.

Alain Poulet