HVE, Zéro-pesticides… La belle embrouille des labels de troisième voie

Ils sont si nombreux qu’on ne les distingue même plus. Les logos, signes distinctifs et autres labels ont envahi les étiquettes de nos produits du quotidien. Pensés pour rendre visibles les qualités d’un produit, les labels rassurent le consommateur qui n’a ni le temps, ni les moyens de s’en assurer par lui-même.
Plusieurs logos récents suscitent ainsi l’engouement de personnes désireuses de manger plus sainement à moindre coût. Pourtant, une grande partie ne va pas dans le sens d’un progrès écologique, social ni économique. Que valent ces labels dits « de troisième voie » face au label Bio ? Pas grand-chose, explications à l’appui.

Label HVE : un joli greenwashing

Que garantit le logo Haute Valeur Environnementale ?

Créée par le Ministère de l’Agriculture, ce label concerne les exploitations agricoles. Pour l’obtenir, l’exploitant s’engage à garantir certaines pratiques agricoles vertueuses pour l’environnement. Le cahier des charges fixe notamment des seuils d’exigence (avec indicateurs de résultats) sur la biodiversité, la part des produits phytosanitaires dans le chiffre d’affaires, la fertilisation et l’irrigation. Début 2022, près de 15 000 exploitations sont labellisées. Plus de 80 % sont viticoles.

Et le label Bio ?

Ce label officiel de qualité défini au sein de l’Union Européenne certifie des produits, transformés ou non. Son cahier des charges porte sur l’ensemble des étapes de la filière : production des matières premières, transformation et commercialisation. Des contrôles sont opérés à tous les stades. En France, la filière bio concerne plus de 42 000 acteurs.

Quels sont les points communs entre Bio et HVE ?

– Les deux démarches valorisent des modes de production plus respectueux de l’environnement.
– Elles sont encadrées par des cahiers des charges précis et contrôlées par des organismes indépendants agréés par l’État.

Pourquoi voit-on de plus en plus souvent le logo HVE sur les produits alimentaires ?

1) La certification HVE est fortement poussée par les pouvoirs publics français, ce qui encourage nombre d’exploitants à se tourner vers elle.

– Depuis 2021, la certification HVE suffit pour obtenir des aides au revenu conditionnées à de bonnes pratiques agroécologiques. Auparavant, ces écorégimes mis en place dans le cadre de la politique agricole commune de l’UE étaient réservés aux agriculteurs bio. La barre a volontairement été placée beaucoup plus bas par le Ministère de l’Agriculture français. Ainsi, 70 % des agriculteurs pourraient y prétendre. Plus besoin pour eux d’aller jusqu’au bio.
– La Loi de finances 2021 accorde un crédit d’impôt de 2 500 € par an aux exploitations certifiées HVE, le même montant que celui dont bénéficient les exploitations labellisées en bio.

– La Loi Egalim de 2018 introduit l’obligation pour la restauration collective de s’approvisionner à hauteur de 50 % en aliments dits « durables et/ou de qualité » à partir de 2022. Ceci inclut les produits portant le logo HVE, au même titre que label Bio, Label Rouge, AOP et produits locaux.

2) Un bon petit coup de peinture verte sur la comm’, c’est bon pour l’image : arborer le label HVE permet à des marques de donner une illusion d’écologie aux consommateurs. Bonjour le greenwashing.

Pourquoi le label HVE est-il insuffisant ?

– Le label HVE est peu exigeant sur le plan environnemental. Son cahier des charges n’oblige pas les agriculteurs à changer de modèle de production : le recours aux OGM, aux désherbants et aux pesticides n’est pas exclu, y compris pour les plus nocifs de ces derniers. Les productions hors-sol sont autorisées.

– La certification HVE s’obtient pour l’ensemble d’une exploitation et non pour un produit. Un cumul de bons points sur certains items permet donc de ne pas toucher à d’autres. Ainsi, de bonnes pratiques en matière de biodiversité – comme l’installation de haies ou de bosquets – permettent de ne pas avoir à réduire l’utilisation d’engrais et pesticides de synthèse. Un produit portant le logo HVE peut donc contenir autant de résidus de pesticides qu’un produit conventionnel. Il peut également contenir des OGM.

Pourquoi faire confiance au label Bio ?

Le label Bio offre de véritables garanties pour l’environnement :
– un mode de production basé sur le respect des cycles naturels, de l’eau, des végétaux et des animaux, contribuant à un niveau élevé de biodiversité et à l’enrichissement des sols.
– l’interdiction de commercialiser aubergines, tomates, poivrons, courgettes et concombres d’origine française issus de serres chauffées entre le 21 décembre et le 30 avril.
– la valorisation des terres non cultivées au moyen de la pâture et des prairies.
– une meilleure résilience des fermes pour l’alimentation animale et la fertilisation des sols.
– l’interdiction des produits chimiques de synthèse et des OGM.
– en l’absence d’utilisation d’engrais et produits chimiques de synthèse, les plantes et les animaux ont une meilleure qualité intrinsèque : plus de vitamines, de minéraux, de matières sèches.

Le label Bio garantit le respect de normes élevées en matière de :
– bien-être et santé des animaux.
– composition des produits : absence d’arômes artificiels et d’ingrédients irradiés. En France, 55 additifs naturels sont autorisés en bio contre 300 en conventionnel.

L’agriculture bio privilégie :
– les variétés anciennes de fruits et légumes.
– les races animales rustiques.

Le label Bio fait l’objet de nombreux contrôles :
– à tous les stades, de la semence jusqu’au magasin.
– plus de 300 contrôles par jour menés par 12 organismes agréés par l’État.

Et les autres mentions / labels ?

Appellation d’Origine Protégée. L’AOP est un signe européen désignant un produit dont toutes les étapes de production sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même aire géographique. Les règles d’élaboration d’une AOP sont inscrites dans un cahier des charges et font l’objet de procédures de contrôle.

Appellation d’Origine Contrôlée. Label français qui désigne des produits répondant aux critères de l’AOP et protège leur dénomination sur le territoire français. C’est une étape vers l’AOP pouvant également concerner des produits non couverts par la réglementation européenne.

Indication Géographique Protégée. L’IGP est un signe européen qui désigne un produit agricole, brut ou transformé, dont la qualité, la réputation ou d’autres caractéristiques sont liées à son origine géographique.

Label Rouge. Ce label français désigne des produits qui, par leurs conditions de production ou de fabrication, ont un niveau de qualité supérieur par rapport aux produits similaires habituellement commercialisés. Il n’interdit pas les OGM.

Zéro résidus de pesticides. Ce label français créé en 2018 est une démarche privée, portée par des producteurs volontaires. Il ne s’agit pas d’un label officiel de qualité. Son cahier des charges est beaucoup moins exigeant que celui du label Bio.

Les autres labels bio

Bio Cohérence. Marque française privée portée par une association de producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs. Sa charte garantit des produits répondant à des critères encore plus exigeants que celui du label Bio. Les opérateurs certifiés s’engagent dans une démarche de progrès continue qui englobe les domaines écologique, économique et social : création et maintien d’emplois, proximité et équité des échanges du producteur jusqu’au consommateur, bien-être animal, etc. Voir biocoherence.fr

Demeter. Demeter certifie les produits issus d’un mode de production biodynamique. En plus du respect du cahier des charges bio européen, la démarche est complétée par un cahier des charges plus strict portant notamment sur l’utilisation des techniques bio-
dynamiques dans la production et/ou la transformation des produits.
Voir demeter.fr

Nature et Progrès. Le label Nature et Progrès va lui aussi au-delà du label Bio. Il garantit que 100 % des ingrédients végétaux sont issus de l’agriculture biologique ou d’une cueillette réglementée. Les matières premières doivent être obtenues en ayant recours à des procédés physiques ou chimiques simples n’utilisant pas de molécule de synthèse. Les conservateurs, parfums et colorants de synthèse, les silicones et les matières issues de la pétrochimie sont interdits. Les matières premières d’origine animale et les tests des produits sur les animaux sont interdits également. Voir natureetprogres.org

D’autres labels bio existent : AB, Bio équitable en France,
Français Équitable Biologique…
Les labels de commerce équitable

Biopartenaire. Porté par une association, Biopartenaire est le seul label privé garantissant à la fois une démarche bio et une démarche équitable pour le commerce Nord/Nord et Nord/Sud.
– Le produit est certifié, mais c’est aussi le cas de toute la filière qui a permis son élaboration, du producteur jusqu’au propriétaire de la marque, en passant par le transformateur.
– La démarche ne concerne pas seulement le commerce avec les pays étrangers, mais également les filières françaises.
– Le caractère équitable est défini par des cahiers des charges et contrôlé par des organismes indépendants.
– Les produits labellisés Biopartenaire ne sont disponibles que dans les magasins bio spécialisés, avec l’objectif de pérenniser la filière bio telle qu’elle a été pensée par ses pionniers. Voir biopartenaire.com

Fair For Life. Ce label garantit un prix d’achat équitable, un mécanisme de protection pour les producteurs en cas de crise, des conditions de travail décentes tout au long de la filière, et le renforcement de leur autonomie. Il encourage la transition vers l’Agriculture Biologique. Voir fairforlife.org

Max Havelaar. Ce label international regroupe des ONG et des représentants de producteurs. Géré par une association, il vise à utiliser le commerce pour donner à des paysans de l’hémisphère sud les moyens de lutter eux-mêmes contre la pauvreté. Le label inclut certaines pratiques respectueuses de l’environnement, mais il n’est pas synonyme de produit bio. Voir maxhavelaarfrance.org

Mais aussi : World Fair Trade Organization, Français Équitable Biologique, Agriéthique France, Producteurs Paysans, Bio équitable en France.

Bio+ si affinités

Satoriz vous encourage à vous informer et à faire vos choix en connaissance de cause. Tous nos produits sont a minima labellisés bio, mais nombre d’entre eux sont aussi Biopartenaire, Fair for Life, Demeter, Bio Cohérence ou Nature & Progrès. Nous privilégions ces produits « bio + » qui vont dans le sens du progrès que nous souhaitons pour le monde. Oui, mais manger bio, ça coûte cher, nous direz-vous ! Notre discours reste inchangé : il est possible de manger plus de bio sans se ruiner. Cela implique une démarche globale :

  • Acheter des produits de saison et locaux, moins coûteux que ceux venant de loin.
  • Consommer moins de produits animaux au profit des protéines végétales, plus économiques et meilleures pour les sols et la santé.
  • Acheter en vrac : à produit équivalent, les prix sont plus bas dans le rayon vrac, qui permet de n’acheter que la quantité dont on a besoin.
  • Cuisiner plus : les centaines de recettes de Clea disponibles sur notre site satoriz.fr vous y invitent.
  • Gaspiller moins : s’organiser et réutiliser les végétaux en mode « zéro déchet », comme dans la rubrique de Linda Louis.

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